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Hégésippe MOREAU

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mile
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MessageSujet: Hégésippe MOREAU   Dim 11 Oct - 6:16

Hégésippe MOREAU (1810-1838)

A MEDOR


"Heureux, Médor, si j'ai bonne mémoire,
Je t'ai connu jadis maigre et hideux ;
Chien sans pâtée, et poète sans gloire,
Dans le ruisseau nous barbotions tous deux.
Lorsqu'à mes chants si peu d'échos s'émeuvent,
Lorsque du ciel mon pain tombe à regret,
A tes abois Dieu sourit, les os pleuvent :
Chien parvenu, donne moi ton secret.

Aux chiens lépreux, oui, le malheur m'égale :
Battu des vents, par la foule outragé,
Si je caresse, on a peur de la gale ;
Si j'égratigne, on m'appelle enragé.
Pour qu'au bonheur je puisse enfin renaître,
Dieu sait pourtant qu'un peu d'or suffirait ;
Bien peu...celui de ton collier, peut-être ;
Chien parvenu, donne-moi ton secret.

J'eus comme toi mes longs jours de paresse,
Un lit moelleux et de friands morceaux,
J'ai frissonné sous plus d'une caresse,
D'abois moqueurs j'ai talonné les sots.
Puis, dans la foule où l'on pousse, où l'on beugle,
J'ai vu s'enfuir Plûtus qui s'égarait ;
Pour devenir le chien de cet aveugle,
Chien parvenu, donne-moi ton secret.

Aux dominos sais-tu comment l'on triche ?
Nouveau Pâris arbitre de beauté,
As-tu donné la pomme à la plus riche,
Fait le gentil, fait le mort, ou sauté ?
Ton sort est beau : moi, chien d'humeur bizarre,
Pour égayer le Riche à son banquet,
Je ne sais rien...rien que flatter Lazare
Chien parvenu, donne moi ton secret.

Tombé, dit-on, dans un pays de fées,
Dont la laideur mit le peuple en émoi,
On essuya tes pattes réchauffées,
De blanches mains te bercèrent ; mais moi !
Chien trop crotté pour que la beauté m'aime,
Si j'entrais là, le pied me balafrait,
Hué de tous, et mordu par toi-même :
Chien parvenu donne-moi ton secret."


LES MODISTES HOSPITALIERES
Anecdote de juillet 1830.

"Un pauvre diable de héros,
Laissé pour mort la veille,
Dans un bon lit, frais et dispos,
Tout à coup se réveille.
Il admire en se récriant,
Des nymphes aux minois riant,
Friand :
Oh ! oh! oh! oh! ah! ah! ah!ah!
Quel joli couvent c'était là
La la !

Paix donc ! murmure avec douceur
Quelqu'un près de sa couche ;
Et puis la bouche d'une soeur
Vient lui fermer la bouche.
De ce rappel au règlement
Le monde lui sembla vraiment
Charmant :
Oh! oh! etc.

A son lit point de noir abbé,
Point de docteur profane,
Dans les mains d'une sainte Hébé,
En guise de tisane,
Le convalescent défailli
Voit mousser d'un oeil ébahi
L'aï :
Oh ! oh! etc.

Miracle ! le voilà guéri !
Et les deux nonnes gentilles
Offrent au jeune homme attendri
Leurs bras nus pour béquilles.
Sur ce bâton sans se blesser,
On le voit parfois se laisser
Glisser.
Oh ! oh! etc.

Le chroniqueur, un peu succinct,
Ne dit pas et j'ignore
Quel est dans ce cloître le saint
Que la recluse adore ;
Mais les bons coeurs le béniront,
Mais les chrétiens qui me liront
Diront :
Oh ! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
Quel joli couvent c'était là
La la !"
_________________
"Pour l'idéaliste, l'existence n'est pas nécessaire à la vérité qu'il conçoit" Albert Thibaudet.
"Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre solitude". Léo Ferré

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MessageSujet: Re: Hégésippe MOREAU   Ven 24 Déc - 16:27

Sa biographie est ici. Si j'ai choisi ce poème, c'est parce que j'aime beaucoup la pièce de Vigny, Chatterton.

À l’auteur de Chatterton

Au Théâtre-Français deux beaux noms sur l’affiche
M’attirèrent un soir ; ce soir-là j’étais riche,
J’avais pour avenir deux francs, je les donnai ;
Et je vis Chatterton, et chaque mot du drame
Eut un écho si long et si doux dans mon âme,
Que la nuit seulement, bien tard, je soupçonnai
Qu’en ce jour de bonheur je n’avais pas dîné.

Seul, j’écoutais encor d’un bruyant auditoire
Le sanglot triomphal répéter : Gloire, gloire
À la muse qui n’a ni sang, ni fange au pied,
Par qui la nouvelle ère au théâtre commence !
J’écoutais, je mêlais ma note au chant immense,
Puis j’ajoutais tout bas, palpitant, l’œil mouillé :
Qui s’inspira si bien doit sentir la pitié.

Hélas ! quand il évoque une infortune morte,
Le poète pieux, s’il savait qu’à sa porte
L’immortel Chatterton vit encor pour souffrir !
S’il savait qu’à Paris, tous les jeunes poètes,
De ce bruyant désert pâles anachorètes,
N’ont plus, en s’abordant, qu’un salut à s’offrir :
Le salut monacal : "Frères, il faut mourir."

Que l’un d’eux, demi-nu, dans sa chambre malsaine
Pousse un drame réel à sa dernière scène,
Et sans étoile au ciel, sans bon ange ici-bas,
Pour éviter la faim, courant au suicide,
Tient levé, maintenant, sur son estomac vide
Le fer qui découpait le pain de ses repas
Et qui, depuis trois jours, trois longs jours ! ne sert pas !

Puis, se ressouvenant qu’il est bien jeune encore,
Qu’après l’hiver, l’oiseau se ranime et picore,
Que ses chansons vivraient peut-être, s’il vivait,
Qu’un ange sur son front, marqué de l’anathème
Peut l’effacer un jour avec ce mot : Je t’aime !
De mille illusions repeuplant son chevet,
Dans les bras de la Faim s’endort… S’il le savait !

Poète, il aiderait la jeune muse à vivre :
Il n’a pas renfermé tout son cœur dans son livre ;
Son culte pour les morts s’étendrait aux mourant…
Et moi, je serais fier d’aimer ce que j’admire,
D’avoir une main noble à baiser, et de dire,
Quand son nom planerait sur les noms les plus grands :
Je lui dois l’espérance et la vie… et vingt francs !
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Hégésippe MOREAU

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