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A la manière de....

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Aristarq
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A la manière de.... Vide
MessageSujet: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeJeu 29 Sep - 22:33

A la manière de.......

En 1914, Bernard Grasset éditeur, faisait paraître trois séries de "pastiches" signés Paul Reboux et Charles Muller.
Ces deux écrivains, se sont amusés à parodier le style des grands romanciers d'alors, s'ingéniant à imaginer des textes qui, de façon humoristique, mettraient, en quelque sorte en valeur les qualités des dits grands romanciers, ciseleurs de belles envolées littéraires. Sans oublier, bien sur, de souligner malicieusement, l'emphase de certains, et les petits travers de bien d'autres.
Ils en ont "épinglé" trente cinq!..Et non des moindres: Lamartine, Baudelaire, Mistral, Dickens, Zola, Daudet, Chateaubriand, Prévost (Marcel pas l'Abbé), Verlaine, Kipling.....etc..etc..

Par exemple, j’ai pris grand plaisir à relire une « NATIVITE » à la manière de Georges d'Esparbès: (1863-1944), historien inspiré surtout par l’épopée napoléonienne :

<<C'était le soir d'Iéna, où Lannes, chargeant à la tête de deux cents cavaliers du 10ème sapeurs, avait sabré la Prusse...Il neigeait. Quatre hommes montés sur quatre chevaux, parcouraient le champ de bataille.>> Ils étaient blessés. L’un dans son amour propre << Déshabillé par les sabres ennemis, il n’avait gardé que son casque, une épaulette et sa vieille culotte de peau>> Il avait faim.. L’autre << La tête fendue, il l’avait raccommodée lui-même tant bien que mal>> Il avait soif. Le troisième : << Avait eu les deux bras arrachés par la mitraille et tenait les brides avec ses dents>> Il avait sommeil. Le quatrième, un grand barbu, était intact :<< Mais son ventre, ballonné à faire éclater le dolman terrifiait plus encore qu’une blessure>> Il avait mal.
En route, ils rencontrent le maréchal Lannes qui, à la vue des souffrances du grand barbu, réquisitionne une bicoque que les boulets avaient respecté. Pour y bivouaquer les héros.
<< Mais à peine le gros barbu est-il couché qu’il fut tordu de convulsions furieuses. Ses vêtement pourris de pluie, brûlés de soleil, dévorés de fatigues craquèrent de toutes parts. (…) Tout de suite ils comprirent ils avaient devant eux, non pas un homme mais une femme !.(…)
La femme à barbe, la célèbre femme à barbe, profitant de son faciès trompeur et de la myopie d’un major chargé du conseil de révision, s’était héroïquement enrôlée !…Un jour, durant une revue , ses yeux avaient du rencontrer les yeux de l’Empereur. Etait-il extraordinaire que le divin regard de Napoléon eût suffi à la rendre mère ?>>

Suit une description de la venue au monde d’une façon toute militaire de l'enfantelet :<< Le nouveau-né fit, avec un rire de lumière, son entrée dans le monde. C’était un garçon. Sur le bras droit, il portait en attestation de son origine, deux marques rouges : des galons de petit caporal. Une exclamation tonna : « VIVE L’EMPEREUR ! »>>

Nota Bene : et c’est dans ce style désopilant que sont rédigés tous les chapitres du bouquin. !…
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rotko
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MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeDim 2 Oct - 21:35

molière pastiché par queneau

Que diable allait-il faire dans cette calèche ?
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rotko
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MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeMar 4 Oct - 11:36

mon cher Aristarque, tu as soulevé avec les pastiches un fameux lièvre ! marcel Proust était un grand amateur et auteur de pastiches, ce qui ne veut pas dire que ses pastiches ne valaient rien, jugez-en

Petit pastiche de Mme de Noailles

Mon coeur sage, fuyez l'odeur des térébinthes,
Voici que le matin frise comme un jet d'eau.
L'air est un écran d'or où des ailes sont peintes ;
Pourquoi partiriez-vous pour Nice ou pour Yeddo ?

Quel besoin avez-vous de la luisante Asie
Des monts de verre bleu qu'Hokusaï dessinait
Quand vous sentez si fort la belle frénésie
D'une averse dorant les toits du Vésinet !

Ah ! partir pour le Pecq, dont le nom semble étrange,
Voir avant de mourir le Mont Valérien
Quand le soigneux couchant se dispose et s'effrange
Entre la Grande Roue et le Puits artésien.
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Aristarq
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MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeMar 4 Oct - 22:59

Que pensez-vous de l'automobile?

A la manière de Réponse de Léon Frapié (1863-1949).Auteur de « La Maternelle »

La vraie automobile, ou du moins celle que connaissent mes héros n’est pas une voiture luxueuse.
C’est une guimbarde à la bonne franquette dont les pneumatiques sont remplacés par de bourrelets de fenêtres, dont les gardes-crotte en fer blanc sont attachés avec des ficelles, dont la caisse en est une en d’emballage.
Le moteur est fabriqué avec une boîte à sardines et une seringue de vétérinaire. Cà brinqueballe, çà pétarade, çà ne tient pas, mais qu’importe….çà dégotte tout de même, quand on est monté à cinq ou à six mioches de la Maternelle…..
source: Reboux & Muller
Nota Bene: Merci ami Rotko de ton appréciation. Il y a en effet beaucoup de romanciers qui ont été "pastichés" Surtout les grands anciens. On ne prête qu'aux riches!..A nous de les découvrir.
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rotko
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A la manière de.... Vide
MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeMer 5 Oct - 8:06

Aristarque a écrit:
[b]Il y a en effet beaucoup de romanciers qui ont été "pastichés" Surtout les grands anciens.

OUI ! et ils furent eux-mêmes pasticheurs ! excellente école de style !

Honoré de Balzac (1799-1850) pastiché par Marcel Proust, in Pastiches et mélanges (1919)

Dans un des derniers mois de l’année 1907, à un de ces raouts de la marquise d’Espard où se pressait alors l’élite de l’aristocratie parisienne (la plus élégante de l’Europe, au dire de M. de Talleyrand, ce Roger Bacon de la nature sociale, qui fut évêque et prince de Bénévent), de Marsay et Rastignac, le comte Félix de Vandenesse, les ducs de Rhétoré et de Grandlieu faisaient cercle autour de Mme la princesse de Cadignan, sans exciter pourtant la jalousie de la marquise. N’est-ce pas en effet une des grandeurs de la maîtresse de maison - cette carmélite de la réussite mondaine - qu’elle doit immoler sa coquetterie, son orgueil, son amour même, à la nécessité de se faire un salon dont ses rivales seront parfois le plus piquant ornement ? N’est-elle pas en cela l’égale de la sainte ? Ne mérite-t-elle pas sa part, si chèrement acquise, du paradis social ? La marquise - une demoiselle de Blamont-Chauvry, alliée des Navarreins, des Lenoncourt, des Chaulieu - tendait à chaque nouvel arrivant cette main que Desplein, le plus grand savant de notre époque, sans en excepter Claude Bernard, et qui avait été élève de Lavater, déclarait la plus profondément calculée qu’il lui eût été donné d’examiner.

Tout à coup la porte s’ouvrit devant l’illustre romancier Daniel d’Arthez.

Un physicien du monde moral qui aurait à la fois le génie de Lavoisier et de Bichat, - le créateur de la chimie organique - serait seul capable d’isoler les éléments qui composent la sonorité spéciale du pas des hommes supérieurs.

bien vu, non ?
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Aristarq
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MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeMar 11 Oct - 22:51

Le mythe de Pasiphaé

La marquise Funicula et Lydio Braghetti, chevauchant un tandem, se dirigent vers l’Olympe où des savants venaient de mettre à jour la résidence des Immortels.
Lydio est follement épris de Funicula qui se refuse à lui par coquetterie. Arrivés « Au centre de la ruine éparse, ils découvrent la statue creuse d’une génisse. Et c’était le simulacre d’airain construit pour recevoir en ses flancs l’insondable Pasiphaé, le jour ou seul un taureau lui parut capable de combler l’orbe de son désir… »
Je veux dit la coquette ! Lydio découvrit le secret du mécanisme.
« Il appuya sur un poussier qui commandait une bénarde. Aussitôt la targette du moraillon déclencha l’aubronnière, et la bobinette chut.(…) D’un bond félin elle pénétra dans le simulacre (…) Lydio, je suis Pasiphaé, je veux le même amant que Pasiphaé…Ferez-vous moins que lui pour obtenir mon amour ?… » Lydio sur à présent d’assouvir ses désirs, n’hésita pas : « Il dévissa le guidon arqué du tandem terricole et se l’ajusta sur le front en manière de cornes taurines. Puis il atteignit dans la sacoche la pelisse fourrée qui le garantissait contre la tramontane et le sirocco, la retourna et s’en fit un pelage Il y attacha une chambre à air dont il se battit les flancs comme d’une queue flagellante, et, travesti de la sorte, marcha vers la génisse en pétrissant la trompe avertisseuse d’ou sortaient d’étranges meuglements.. »
Mais le consentement de la belle après tant de refus avait brisé le charme.
« Alors avec un dédain superbe, Lydio s’approcha du piège d’airain. Il referma la trappe, tira la cadolle des étoquiaux, cadenassa les deux paumelles du crampon, et ferma d’un double tour. Puis il lança la clef vers le ciel….(…) Il avait méprisé la créature offerte, mais la puissance de la race le bouleversait toujours ainsi qu’un énorme soulèvement cosmique. Et comme il cheminait dans le paysage élyséen, une génisse à sa vue, se mit à mugir. Et il répondit d’un meuglement passionné de la trompe avertisseuse. Et la génisse docile à l’apparence, renouvela, par une erreur inverse, le mythe de Pasiphaé.. »
source: Paul Reboux et Charles Muller
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Aristarq
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MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeMer 19 Oct - 22:42

Que pensez-vous de l’automobile ? 2

Réponse de monsieur de ROTHSCHILD

L’automobile est un mode de locomotion séduisant mais dangereux Les mécaniciens sont hors de prix L’essence augmente tous les jours (déjà en ce temps-là) Les achats même de voitures ne sont pas de bonnes affaires J’avais une limousine d’une marque excellente payée douze mille francs. Au bout de huit ans d’usage, je n’ai pu la revendre que seize mille francs.
S’il fallait ne faire que des opérations de ce genre-là !…
Reboux & Muller
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Aristarq
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MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeMer 26 Oct - 22:08

La littérature sportive a elle aussi, ses adeptes du « pastiche ».
Par exemple, Georges Pastre : il s’est amusé, avec le talent qu’on lui connaît, à s’inspirer de la tirade des « Non, merci ! » qu’Edmond Rostand a immortalisé dans son « Cyrano de Bergerac ».
Cyrano, de l’U.S. de Bergerac répond à un joueur qui lui conseille de rechercher la fortune et la gloire pendant sa carrière de rugbyman, répond :

<< Et que faudrait-il faire ?
<< Chercher un recruteur puissant, prendre un patron.
<< Et comme un lierre obscur qui circonvient le tronc,
<< S’en faire un protecteur en lui léchant l’écorce,
<< Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
<< Non, merci !…..>>
Et après avoir refusé d’entrer dans le jeu de tous les profiteurs du sport-roi, d’avoir à courtiser les instances supérieures, « de se construire un nom sur un essai au lieu d’en créer d’autres …… », notre héros à l’âme de mousquetaire, s’écrie :
<< Non, merci ! Non, merci ! Non, merci !…Mais jouer,
<< Courir, feinter, passer la balle, être libre,
<< Filer comme Blanco, avoir la voix qui vibre,
<< Savoir-il le faut bien-oublier un revers,
<< Ne pas, pour un essai refusé, être amer,
<< Mais jouer sans souci de gloire et de fortune,
<< Se battre pour son club et surtout « pour des prunes »
<<( Celle-là, c’est au P.U.C. qu’un jour on la sortit)
<< Et, modeste toujours se dire : « Mon petit,
<< Satisfait-toi d’air pur, de lauriers que l’on cueille,
<< Et que jamais ton cœur ne soit …en portefeuille »
<< Puis, s’il t’advient d’un peu triompher par hasard,
<< Il ne faut pas surtout te prendre pour César.
<< Et dis-toi, si enfin, admis dans une élite,
<< Tu as su conquérir le Bouclier de mérite
<< Qui brille en son panneau de chêne (ou de tilleul) :
<< Je suis monté très haut, peut-être, mais pas seul !

Nota Bene :Un morceau d’anthologie qui mériterait d’être affiché , en entier, dans tous les vestiaires des stades de France et de Navarre. Je suppose qu’il a été écrit avant que le professionnalisme tarifé (oh ! combien ) ne vienne chasser un amateurisme qui avait « du panache »
Source : « Les Ovaliques » par G.Pastre éditions Dehedin
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Aristarq
Invité



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MessageSujet: Re: A la manière de....   A la manière de.... Icon_minitimeMer 30 Nov - 22:29

Qui ne connaît Rudyard Kipling et son merveilleux « Livre de la Jungle » ?
Il paraissait invraisemblable que ce « Livre de la Sagesse » et son auteur, puissent être « pastichés » ! Paul Reboux et Charles Muller l’ont osé !…A leur manière.
« Tout ce que nous allons dire arriva dans la Jungle, là où les êtres sont soumis à la Loi de la Jungle qui n’ordonne rien sans raison et qui est de beaucoup la plus vieille des lois du Monde »
Jakarda une jeune araignée velue, fille de Mané-Ken apprenait à tisser « Des toiles de chasse où les petits de Bzoum la mouche et de Zizz me moustique venaient se prendre » Mais il arriva que, Gris-Gris le pou, attiré par Jacarda, la séduisit.
Elle le conduisit dans une trappe qu’elle avait préparé pour que « Les bêtes restent prisonnières, dans ce que l’on nomme en langue de la Jungle leuk’hu. »
La suite de cette aventure fut que « L’infortunée Jacarda, toute rougissante, fut bien obligée de parler à son père de baby, de nurse et d’une foule d’autres choses du même genre ». Le vieux Mané-Ken, furieux qu’elle ne puisse plus épouser Tricoticotc, l’oiseau piqueur à la machine à qui elle était promise, la chasse de chez lui . Elle se suicide !
Gris-Gris, le remords dans l’âme, alla chercher asile dans le vieux pelage de l’ours Baloo, puis entre les poils noirs de la panthère Bagheera, parmi la fourrure veloutée de Sahi le porc-épic et même dans la toison de l’Homme….".Alors ayant décidé de se donner la mort, il se rendit près du leuk’hu le piège dont la pauvre Jacarda lui avait révélé l’existence….introduisit bravement les quatre doigts et le pouce dans le leuk’hu et attendit……Cela dura des jours et des jours et puis des jours encore jusqu’à ce qu’enfin Gris-Gris prisonnier du trou mortel eût exhalé da petite âme ».
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