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Arthur Rimbaud

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Loïc
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MessageSujet: sur les pas de Rimbaud..   Lun 9 Juil - 0:33

Au mois d'août, France inter consacre quelques dimanches à Arthur Rimbaud :



http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/ete2007/surlespasderimbaud/
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millie
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mar 8 Sep - 14:07

Le bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.


Je n'ai pas vérifié le texte car je ne l'ai pas sous la main. Je l'ai directement copié d'Internet.
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Rosiel

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 3 Avr - 10:39

"Rêvé pour l'hiver"


L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l'œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...

Et tu me diras: "Cherche!" en inclinant la tête,
-Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
-Qui voyage beaucoup...




[EDIT]: Merci Mile pour tes remarques
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Dernière édition par Rosiel le Sam 3 Avr - 11:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 3 Avr - 11:35

Jolie présentation Rosiel.

Dans la version que je possède, le titre est "Rêvé pour l'hiver" et les deux derniers vers commencent par un tiret :

"- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup..."

Je ne sais quelle est la bonne... mais le sens diffère selon l'une ou l'autre.

Bonne journée.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 3 Avr - 11:47

Excuse moi Mile, je modifie ça tout de suite, c'est la tienne la bonne version...Je ne m'en étais pas aperçu. Merci pour ce constat

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 4 Avr - 9:03

Pas d'excuses, Rosiel, pas d'excuses, je ne suis pas Rimbaud.
Compte tenu de ce que je lis sous ton avatar, je ne peux que retranscrire ce poème ( pour sa beauté, non pas pour me moquer)


ROMAN

I

On est pas sérieux, quand on a dix sept ans,
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, - la ville n'est pas loin, -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche.

Nuit de juin ! Dix sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire... !

-Ce soir-là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On est pas sérieux, quand on a dix sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade."
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MessageSujet: Arthur Rimbaud   Mer 20 Oct - 16:57

20 octobre 1854, Charleville (Ancien Empire français - Actuel département des Ardennes) : naissance d'Arthur Rimbaud, poète.

Fils du capitaine d'infanterie Frédéric Rimbaud et de Vitalie, née Cuif, simple paysanne, le petit Arthur voit ses parents se séparer alors qu'il n'a que six ans. A partir de là, sa mère se dira toujours veuve du capitaine, lequel ne reviendra plus à Charleville.

Mme Rimbaud et ses enfants - Rimbaud a un frère aîné et deux soeurs cadettes - emménagent dans un quartier ouvrier de Charleville et l'enfant fait ses débuts à l'Institution Rossat. Il y récolte déjà des premiers prix. En 1862, nouveau déménagement, cette fois vers un quartier plus bourgeois.

A onze ans, Arthur fait son entrée au collège municipal de Charleville dont il sera l'un des plus brillants élèves. Il accumule les prix d'excellence en littérature, en version et thème latins, etc ... On a conservé de lui des poèmes, élégies et dialogues directement composés, et avec quelle aisance ! dans la langue de Cicéron. C'est lui qui remporte le Concours académique de composition latine sur le thème de la vie de Jughurta, le roi de Numidie qui se leva contre Rome au IIème siècle avant notre ère.

L'année suivante, alors que l'atmosphère diplomatique entre la France et la Prusse se charge d'électricité, Rimbaud se lie d'amitié avec Georges Izambard, son professeur de rhétorique, qui n'a que six ans de plus que lui. Izambard prête à l'adolescent des livres qui scandalisent la très rigoriste Mme "Veuve" Rimbaud : "Les Misérables" par exemple. C'est à peu près à cette époque que Rimbaud compose ses premiers vers, "Les Etrennes des Orphelins", qui paraissent dans "La Revue Pour Tous."

La mode poétique est au Parnasse et aux Parnassiens. Le 24 mai 1870, Rimbaud écrit à leur chef de file, Théodore de Banville. Il lui exprime son désir de devenir "Parnassien ou rien" et aussi celui de se faire publier. A son courrier, il joint trois poèmes, "Ophélie", "Par les soirs bleus d'été ..." et "Credo in unam." Banville lui répond une lettre courtoise mais ne fait pas paraître ses vers dans la revue qu'il dirige, "Le Parnasse contemporain."

Arthur Rimbaud prend alors la décision de monter à Paris. Il n'a pas encore tout à fait seize ans.

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron


Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. 
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Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. 
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 20 Oct - 17:16

Arthur choisit le 29 août 1870, quelques jours avant la bataille décisive de Sedan, pour faire sa première fugue. Contrôlé à la Gare du Nord, il est appréhendé et, compte tenu de l'insécurité des temps, envoyé à la prison de Mazas. Il y écrit à Izambard, à Douai, et le professeur envoie l'argent non seulement pour qu'il règle sa dette envers les chemins de fer mais aussi pour qu'il rejoigne Douai par train. Rimbaud arrive dans le Nord le 8 septembre, où il reste trois semaines. Il redoute le retour chez lui, auprès de sa mère - "la Mother", "la Bouche d'Ombre" comme il l'appelle - trop rigoriste et à l'esprit trop étroite pour lui.

Mais voilà que les Prussiens encerclent Paris. Rimbaud, pourtant jusque là antimilitariste enflammé, vit comme une honte la défaite de Sedan et décide de suivre Izambard, lequel s'engage dans la Garde nationale, à Douai. Mais Arthur, encore mineur, est fermement écarté. Il a alors l'occasion de rencontrer le poète Paul Demeny, un vieil ami d'Izambard et co-directeur d'une maison d'édition, "La Librairie Artistique." L'adolescent remet alors à Demeny une quinzaine de poèmes.

Pendant ce temps, contraint et forcé par Mme Rimbaud, Izambard prend la décision de raccompagner son élève à Charleville. Dire que l'accueil est rude est un doux euphémisme ... Du coup, le 6 octobre, Arthur se sauve à nouveau, cette fois pour Charleroi, en Belgique. Il rêve à une carrière de journaliste qui lui apporterait cette liberté qui le fascine mais le rédacteur en chef du "Journal de Charleroi" refuse de l'engager.

Le jeune homme passe ensuite par Bruxelles et, de là, reprend le chemin de Douai. Izambard est obligé une nouvelle fois de se plier aux ordres de Vitalie Rimbaud : Arthur est renvoyé chez lui entre deux gendarmes. Nous sommes le 1er novembre 1870. Le poète a trouvé le moyen de déposer sept nouveaux poèmes entre les mains de Demeny. L'année suivante, il lui recommandera, par lettre, de les brûler mais ils seront répertoriés par la suite sous le nom de "Recueil de Douai" ou "Recueil Demeny."

Le 25 novembre 1870, Rimbaud
publie, dans "Le Progrès des Ardennes", un récit satirique, intitulé "Le Rêve de Bismark" et où il dépeint Paris comme la ville qui assurera la déroute des Prussiens. Il a usé cette fois-ci d'un pseudonyme, celui de "Jean Baudry."


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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 20 Oct - 17:40

Février 1871 : le siège de Paris s'achève et Arthur fugue une fois encore. Dans la capitale, il cherche à entrer en contact avec des gens comme Eugène Vermersch, qui fera partie de la Commune, mais aussi à infiltrer le milieu des poètes. Il rentre à Charleville avant les évènements de la Commune.

Les excès commis par les vainqueurs des Communards - excès engendrés eux-mêmes par les violences révolutionnaires - vont radicaliser la poésie du jeune homme. Il n'y a qu'à lire "Les Pauvres à l'Eglise" par exemple pour s'en convaincre. Mais le style aussi commence à muer : désormais, l'ambition de Rimbaud ne s'arrête plus au Parnasse dont il méprise désormais ouvertement les membres. Dans la fameuse lettre dite "du Voyant", adressée le 15 mai 1871 à Paul Demeny, il assume la différence qu'il sent en lui et affirme qu'il veut se faire "voyant" par "un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens."


C'est par Charles Bretagne, ami de Verlaine, que Rimbaud établit une première relation épistolaire avec "le Pauvre Lélian." Enthousiasmé par les poèmes qu'il reçoit, Verlaine, impulsif, dit à Rimbaud d'accourir à Paris. Il y arrive le 15 septembre et, quinze jours plus tard, Verlaine le présente à ses pairs plus âgés lors du célèbre dîner des "Vilains Bonshommes." C'est dire que le jeune homme fait la connaissance de quelques uns des poètes essentiels de l'époque.

D'abord hébergé, tout naturellement, chez Verlaine, Rimbaud s'y montre si désagréable qu'on doit lui trouver un autre abri. Le 20 octobre, il fête ses dix-sept ans : des chefs-d'oeuvre comme "Le Bateau Ivre" et "Les Premières communions" sont déjà derrière lui. Mais le poète est si provocateur, si sarcastique, si ingérable, que, peu à peu, il se voit rejeté par tous. Pour sauver son couple, Verlaine lui-même s'engage à l'éloigner de Paris.

Arthur repart chez sa mère, étape obligée où tout se passe mal, la mère et le fils n'ayant ni l'un ni l'autre le sens du compromis. Mais bientôt, il retourne à Paris et y revoit Verlaine. Leur liaison amoureuse pousse les deux poètes à partir pour Londres le 7 juillet. Ils y mènent une vie de patachon, se saoulant, se battant, courant l'aventure, l'un dominé, l'autre dominant. Un an après leur fuite, Verlaine décide qu'il n'en peut plus et quitte son amant pour rejoindre Mathilde, sa femme. Il gagne Bruxelles et Rimbaud l'y suit. Là, dans la chambre d'hôtel de Verlaine, dans des circonstances douteuses, Rimbaud fait mine de sortir et Verlaine, complètement ivre, tire sur lui, l'effleurant au poignet. De fil en aiguille, il atterrit à la prison de Mons.

Pour Arthur, c'est à nouveau le chemin de Charleroi qui s'ouvre. Chez sa mère, il écrit "Une Saison en Enfer", qui évoque sa passion avec Verlaine.



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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 20 Oct - 17:57

Une vie d'errance commence pour cet instable qu'est "l'Homme aux semelles de vent." Après un séjour en Allemagne pour y apprendre la langue, Rimbaud renoue brièvement, en 1875, avec Verlaine, qui a purgé sa peine. Avant que son amant ne prenne son train pour Paris, il lui remet le manuscrit des "Illuminations." Puis il reprend son vagabondage : la Suisse, l'Italie, souvent à pied. Le 15 juin, on le rapatrie de Livourne à Marseille où il est hospitalisé.

Remis sur pied, Arthur est repris par sa lubie d'apprentissage des langues. Cette fois, il en tient pour l'espagnol. Mais sa mère s'y oppose et, pour une fois, bien que traînant des pieds, il se résout à suivre son avis. A Charleroi, où il est pour la énième fois de retour, le jeune homme songe à passer un baccalauréat ès sciences qui lui permettrait de faire Polytechnique. Mais, tout jeune qu'il soit, il est atteint par la limite d'âge pour le concours d'entrée à Polytechnique. Il se tourne alors vers des cours de solfège et de piano. Sa mère lui offre même un piano.

Après la mort de sa soeur, Vitalie, Rimbaud reprend la route : l'Autriche (dont il sera expulsé pour vagabondage), la Belgique, les Pays-Bas (où il s'engage pour six ans dans les troupes coloniales). Défilent ensuite Southampton, Gibraltar, Sumatra, Port-Saïd, Aden, Padang ... L'inévitable s'accomplit : Rimbaud déserte et se fait enrôler sur un voilier écossais en route pour l'Irlande. Et tournent, tournent, les noms de villes et de pays : Cork, Liverpool, l'Angleterre, Paris, Le Havre, la France, Charlestown, les Etats-Unis ...

Les différents biographes de Rimbaud ne comptent plus les tribulations de leur poète. Régulièrement, il revient auprès de sa mère, non plus à Charleroi mais dans une ferme, à Roche, qu'elle dirige désormais.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 20 Oct - 18:14

En ce qui concerne la période africaine d'Arthur Rimbaud, qui durera à peu près onze ans, mieux vaut d'ailleurs se reporter aux biographies. Depuis longtemps, Rimbaud n'écrit plus et ses avatars en tant qu'employé d'une raffinerie de café ou de trafiquant d'arme n'apportent rien à son incroyable génie poétique.

En 1891, malade d'une tumeur au genou droit, Rimbaud est amputé à l'Hôpital de la Conception, à Marseille, où l'on vient de le rapatrier. C'est le cancer, bien sûr. Pour la dernière fois, il prend le chemin de la ferme maternelle. La maladie développe rapidement ses métastases, des névralgies accablent le patient. En août, Arthur décide de rejoindre la cité phocéenne pour y "faire une bonne mort." La dernière de ses soeurs, Isabelle, l'y rejoint et l'assiste dans son agonie. Selon elle, il aurait retrouvé la foi catholique de son enfance un peu avant de mourir, le 10 novembre 1891, à l'âge de trente-sept ans.

De cette étoile filante torturée de notre Littérature, il reste quelques uns des poèmes les plus admirables et les plus novateurs qui aient jamais été rédigés dans notre langue. Né au beau milieu du XIXème siècle, Arthur Rimbaud a la souplesse d'écriture, l'imagination - et la folie - du siècle suivant en même temps qu'une puissance qui n'appartient qu'à sa seule nature. En ses vers, à la fois étincelants et acerbes, lumineux et hautains, classicisme et modernité cessent leur querelle pour ouvrir triomphalement la voie à Apollinaire et à quelques autres - trop rares.


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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 20 Oct - 18:17


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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 20 Oct - 19:22

MdV, connais tu "l'affaire Rimbaud" de Hubert Felix Thiéfaine?
Outre que c'est une magnifique chanson, c'est à mon sens, et selon mes relativement maigres connaissances en matière de biographies et d'essais sur Rimbaud, le plus beau texte jamais écrit sur lui, à la fois un éloge des plus touchants, compilant ses poèmes les plus connus et importants, et en même temps une lettre d'un poète admiratif adressée à un autre poète, mais qui lui parle en frêre, c'est à dire sans complaisance, par deux fois HFT lui en met de bonnes dans les gencives... Je vous mets le texte afin que tous se fassent une opinion (mais franchement, le mieux est de l'entendre chantée, sur deezer ou autre par exemple)



Hubert-Félix Thiéfaine Affaire Rimbaud Lyrics:

La jambe de Rimbaud,
De retour à Marseille
Comme un affreux cargo
Chargé d'étrons vermeils,
Dérive en immondices
À travers les égouts.
La beauté fut assise
Un soir sur ce genou.
Horreur Harar Arthur,
Et tu l'as injuriée.
Horreur Harar Arthur
Tu l'as trouvée amère... la beauté ?

Une saison en enfer
Foudroie l'Abyssinie.
Ô sorcière, ô misère,
Ô haine, ô guerre, voici
Le temps des assassins

Que tu sponsorisas
En livrant tous ces flingues
Au royaume de Choa.
Horreur Harar Arthur,
Ô Bentley, ô châteaux,
Horreur Harar Arthur,
Quelle âme, Arthur est... sans défaut ?

Les poètes aujourd'hui
Ont la farce plus tranquille
Quand ils chantent au profit
Des derniers Danâkil.
Juste une affaire d'honneur
Mouillée de quelques larmes
C'est quand même un des leurs
Qui fournissait les armes.
Horreur Harar Arthur,
T'es vraiment d'outre-tombe.
Horreur Harar Arthur
Et pas de commission.
Horreur Harar Arthur
Et pas de cresson bleu
Horreur Harar Arthur
Où la lumière pleut.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 31 Juil - 1:08

Ce poème m'avait intrigué, ce qui est normal puisqu'il est parsemé de questions. Mais j'avais aussi adoré sa chute assez invraisemblable :

Les mains de Jeanne-Marie

Jeanne-Marie a des mains fortes,
Mains sombres que l'été tanna,
Mains pâles comme des mains mortes.
- Sont-ce des mains de Juana ?

Ont-elles pris les crèmes brunes
Sur les mares des voluptés ?
Ont-elles trempé dans des lunes
Aux étangs de sérénités ?

Ont-elles bu des cieux barbares,
Calmes sur les genoux charmants ?
Ont-elles roulé des cigares
Ou trafiqué des diamants ?

Sur les pieds ardents des Madones
Ont-elles fané des fleurs d'or ?
C'est le sang noir des belladones
Qui dans leur paume éclate et dort.

Mains chasseresses des diptères
Dont bombinent les bleuisons
Aurorales, vers les nectaires ?
Mains décanteuses de poisons ?

Oh ! quel Rêve les a saisies
Dans les pandiculations ?
Un rêve inouï des Asies,
Des Khenghavars ou des Sions ?

- Ces mains n'ont pas vendu d'oranges,
Ni bruni sur les pieds des dieux :
Ces mains n'ont pas lavé les langes
Des lourds petits enfants sans yeux.

Ce ne sont pas mains de cousine
Ni d'ouvrières aux gros fronts
Que brûle, aux bois puant l'usine,
Un soleil ivre de goudrons.

Ce sont des ployeuses d'échines,
Des mains qui ne font jamais mal,
Plus fatales que des machines,
Plus fortes que tout un cheval !

Remuant comme des fournaises,
Et secouant tous ses frissons,
Leur chair chante des Marseillaises
Et jamais les Eleisons !

Ça serrerait vos cous, ô femmes
Mauvaises, ça broierait vos mains,
Femmes nobles, vos mains infâmes
Pleines de blancs et de carmins.

L'éclat de ces mains amoureuses
Tourne le crâne des brebis !
Dans leurs phalanges savoureuses
Le grand soleil met un rubis !

Une tache de populace
Les brunit comme un sein d'hier ;
Le dos de ces Mains est la place
Qu'en baisa tout Révolté fier !

Elles ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d'amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
A travers Paris insurgé !

Ah ! quelquefois, ô Mains sacrées,
A vos poings, Mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux !

Et c'est un soubresaut étrange
Dans nos êtres, quand, quelquefois,
On veut vous déhâler, Mains d'ange,
En vous faisant saigner les doigts !
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 31 Juil - 14:59

Si je me souviens bien, c'est un poème qui lui avait été inspiré par l'Etude de mains de Théophile Gautier, non ?
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 1 Aoû - 14:39

Très possible, très bon rapprochement en tout cas, Lydia !

June, il semble que le contenu se réfère aux "passionnarias" de la Commune, telles Louise Michel, mais non sans étrangetés et fulgurances énigmatiques.

On ne peut pas dire que la chanson de H.F. Thiéfaine sonne comme un éloge de Rimbaud, j'y vois surtout une espèce d'agression... plutôt déplaisante. Tu parles d'un frère...
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 1 Aoû - 20:09

Itsumo-yo a écrit:
[…] Tu parles d'un frère...
Et « Tout le monde voudrait que tout le monde l'aime […] ». Ph. Lafontaine

Je ne voudrais pas qu'Anders Breivik (ou un personnage semblable) m'aime !
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 1 Aoû - 21:13

Itsumo-yo a écrit:
On ne peut pas dire que la chanson de H.F. Thiéfaine sonne comme un éloge de Rimbaud, j'y vois surtout une espèce d'agression... plutôt déplaisante. Tu parles d'un frère...

Une agression? il lui en met plein la vue, mais je ne pense vraiment pas qu'il s'agisse d'une agression, enfin moi je ne le perçois pas comme ça. Peut-être devrais-tu l'écouter si ce n'est déjà fait. Je trouve le texte très beau, les références à la Saison en Enfer et au Dormeur du val très bien employées, après, la sensibilité, tout ça... j'ai en tous cas des amis "rimbaldiens" qui partagent mon ressenti. Mais j'aimerais que tu m'expliques en quoi il s'agit selon toi d'une "agression", cela m'intéresse...
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 1 Aoû - 22:01

Lydia a écrit:
Si je me souviens bien, c'est un poème qui lui avait été inspiré par l'Etude de mains de Théophile Gautier, non ?

Franchement, là, tu me poses une colle. Je n'ai aucun approfondissement dans mon recueil, d'ailleurs je ne l'ai pas terminé, je prend mon temps. Tu l'as lu dans une étude particulière ? Je me suis rendu compte que j’apprécie particulièrement tout ce qui est descriptions de main/jeu de mains. Par exemple, dans un poème de Verlaine, j'avais adoré les deux derniers quatrains d'A la promenade qui sont :

[...]
De qui la main imperceptible sait
Parfois donner un soufflet, qu'on échange
Contre un baiser sur l'extrême phalange
Du petit doigt, et comme la chose est

Immensément excessive et farouche,
On est puni par un regard très sec,
Lequel contraste, au demeurant, avec
La moue assez clémente de la bouche."
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Ven 5 Aoû - 19:13

Le début du texte de Thiéfaine accuse Rimbaud d'avoir "injurié la beauté" (on se demande en quoi), et la suite s'étend sur l'"horreur Harrar" d'avoir été trafiquant d'armes, mon Dieu, quel crime, peace and love, quoi ! c'est ignorer que Rimbaud soutenait ainsi les Ethiopiens de Ménélik contre l'agression coloniale des Italiens. Quant à l'étrange "O Bentley",je suppose que c'est pour dire qu'Arthur, ce sale gosse, aimait trop le luxe, rêvait d'or ?? et qu'est-ce qu'on en a à foutre !! et où ils sont les éloges?
Et ce grotesque "t'es vraiment d'outre-tombe" comme si Rimbaud avait perdu toute actualité! il est éternel, Rimbaud ! mais Thiéphaine ????? enfin bref, si tu apprécies ce monsieur, Ignatius, va, je ne te hais point.

Giles, je ne sais qui est Anders Breivik, mais je serais content qu'un monstre m'aime, puisque j'aurais une chance donc de l'influencer en bien.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Ven 5 Aoû - 20:05

pour mémoire:

"Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux.- Et je l'ai trouvée amère- Et je l'ai injuriée"

(in "Une saison en Enfer", page 1).

cqfd.

Pour le "Ô Bentley", j'ai la même interprétation que toi, et je trouve que c'est la réponse d'un sale gosse à un autre sale gosse, donc ça passe, ça me fait même rire.

Quant aux éloges, ils me semblent évidents, les premiers vers de la chanson sont somptueux, bien que sur le champ lexical de l'infect, ce qui n'aurait, je crois, pas déplu au premier concerné (mais qui suis-je pour affirmer ça...?)

Pour le "T'es vraiment d'outre tombe", je n'ai pas la même approche que toi, enfin j'en fais même l'exact opposé, plutôt dans le style de Chateaubriand et ses "mémoires d'outre tombe", signifiant qu'il a franchi le tombeau et gagné l'éternité.

Non Itsumo-yo, nous ne nous haïssons point. Bien au contraire.


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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 6 Aoû - 7:39

Itsumo-yo a écrit:
Giles, je ne sais qui est Anders Breivik, mais je serais content qu'un monstre m'aime, puisque j'aurais une chance donc de l'influencer en bien.
L'homme qui a tué 77 personnes en Norvège le 22 Juillet…
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 6 Aoû - 15:41

Giles a écrit:
Itsumo-yo a écrit:
Giles, je ne sais qui est Anders Breivik, mais je serais content qu'un monstre m'aime, puisque j'aurais une chance donc de l'influencer en bien.
L'homme qui a tué 77 personnes en Norvège le 22 Juillet…

Ah oui, bien sûr, excuse-moi, j'ai prêté attention à l'horreur du geste, mais pas du tout à son nom!
Malgré tout cela ne modifie pas mon opinion. Je pense selon le regret de Philippe Lafontaine (ma signature étant lerefrain d'une vieille chanson de lui qui m'avait frappé).



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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 6 Aoû - 15:58

...Et je constate que depuis cet ordi d'hôtel, je ne peux pas éditer ! ni poster sur deux autres forums... ni voir le clavier, ces idiots lont placé leur borne internet dans un sous-sol mal èclairé ! Voilà qui n'améliore pas mon humeur exécrable, ainsi d'ailleurs que le temps dehors, à Saint-Brévin-les-Pins, déjà qu'en ce moment rien ne va comme je voudrais, agreuh !! aucun problème tragique, mais plein de minuscules contrariétés...
Ne pas s'étonner si je rouspète.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 6 Aoû - 18:03

Ah ! les joies des vacances ! ... Enfin, l'essentiel, c'est la grasse matinée - et le fait que les autres font la cuisine pour vous. En parlant de cuisine, je vais aller préparer la mienne ... Bon courage et patience, Itsumo-yo !
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