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Les parents d'écrivains

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Itsumo-yo
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MessageSujet: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 11:14

C'est un sujet dont je n'ai pas repéré la présence antérieure sur Nota Bene, et je pense qu'il y a beaucoup à dire, et à apprendre de là.

Je viens en effet d'acheter et de commencer (à peine) Une Histoire des Parents d'Ecrivains, par Anne Bocquel et Etienne Kern, chez Flammarion (la jaquette me l'apprend, les auteurs ont également écrit une Histoire des Haines d'Ecrivains qui doit bien décoiffer!). Le champ de leur étude ne démarre qu'au début du 19ème siècle et s'arrête aux années 1960, pour des raisons qu'ils exposent fort bien, et au moins cela en laisse à compléter aux érudits Notabénistes.
Pas contents, Bernard-François Balzac ou Achille-Cléophas Flaubert au moment où Honoré ou Gustave révèlent à leur face leur vocation de saltimbanques !!
Un livre qui me promet en tout cas beaucoup d'amusement...
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C'est seulement comme phénomène esthétique que peuvent se justifier l'existence et le monde. (Nietzsche)
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Eustrabirbéonne
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 11:58

Jules Joseph Colette, lui, a dès l'enfance encouragé sa fille :

Citation :
Écoute ça, me disait mon père.

J’écoutais, sévère, il s’agissait d’un beau morceau de prose oratoire, ou d’une ode, vers faciles, fastueux par le rythme, par la rime, sonores comme un orage de montagne…

– Hein ? interrogeait mon père. Je crois que cette fois-ci !… Eh bien, parle !

Je hochais ma tête et mes nattes blondes, mon front trop grand pour être aimable et mon petit menton en bille, et je laissais tomber mon blâme :

– Toujours trop d’adjectifs !

Alors mon père éclatait, écrasait d’invectives la poussière, la vermine, le pou vaniteux que j’étais. Mais la vermine, imperturbable, ajoutait :

– Je te l’avais déjà dit la semaine dernière, pour l’Ode à Paul Bert. Trop d’adjectifs !

Il devait, derrière moi, rire, et peut-être s’enorgueillir… Mais au premier moment nous nous toisions en égaux, et déjà confraternels. C’est lui, à n’en pas douter, c’est lui qui me domine quand la musique, un spectacle de danse – et non les mots, jamais les mots ! – mouillent mes yeux. C’est lui qui se voulait faire jour, et revivre quand je commençai, obscurément, d’écrire, et qui me valut le plus acide éloge, – le plus utile à coup sûr :

– Aurais-je épousé la dernière des lyriques ?

Et des années plus tard :

Citation :
– Alors, vous voyez les morts ? Comment sont-ils ?

– Comme les vivants, répondit Mme B…, avec rondeur. Ainsi, derrière vous…

Derrière moi, c’était la fenêtre ensoleillée, et la cage des serins verts.

–…derrière vous est assis l’ « esprit » d’un homme âgé. Il porte une barbe non taillée, étalée, presque blanche. Les cheveux assez longs, gris, rejetés en arrière. Des sourcils… oh ! par exemple, des sourcils…, tout broussailleux… et là-dessous des yeux oh ! mais, des yeux !… Petits, mais d’un éclat qui n’est pas soutenable… Voyez-vous qui ça peut être ?

– Oui. Très bien.

– En tout cas, c’est un esprit bien placé.

– ?…

– Bien placé dans le monde des esprits. Il s’occupe beaucoup de vous… Vous ne le croyez pas ?

– J’en doute un peu…

– Si. Il s’occupe beaucoup de vous à présent.

– Pourquoi à présent ?

– Parce que vous représentez ce qu’il aurait tant voulu être sur la terre. Vous êtes justement ce qu’il a souhaité d’être. Lui, il n’a pas pu.

Sido quant à elle, selon Michel del Castillo, si elle avait admis le divorce d'avec Willy, la liaison avec Missy, ne décolérait pas de vois sa fille délaisser sa carrière littéraire au profit de la pantomime...
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Let what will be o'er me;
Give the face of earth around,
And the road before me.
Wealth I ask not, hope, nor love,
Nor a friend to know me.
All I ask, the heaven above
And the road below me.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 14:21

C'est un sujet intéressant effectivement !
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Masques de Venise
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 17:19

L'un des parents d'écrivains qui soulève chez moi le plus d'interrogations - mais sans doute faut-il avoir lu le livre, à la limite avoir vu le film pour comprendre ce dont je veux parler - c'est la mère d'Elfriede Jelinek. "La Pianiste" est l'un des romans les plus durs, les plus dérangeants et les plus justes qui soient - en tous cas pour tous ceux qui ont eu un père ou une mère abusif (sexuellement ou pas). Il y a, dans le film, une scène avec Girardot, dont se plaignait dans "Télé-Loisirs" une brave dame qui - tant mieux pour elle - a dû avoir une mère "normale." Mais que dirait-elle si elle lisait la scène du lit où se retrouvent les deux femmes ?

Malheureusement, je ne peux pas vous citer le texte - parce que je suis en pleine préparation de déménagement et que "La Pianiste" a succombé sous les piles. Mais il y a bien ici quelqu'un qui l'a lu, ce roman, et qui voit à quoi je fais allusion ? Après une scène pareille - limite de l'inceste mentale, le propre des mères abusives - on comprend mieux pourquoi l'héroïne s'entaille les muqueuses du vagin ...
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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 19:22

Il y a aussi trois mères abusives dont les fils devinrent des écrivains célèbres : la mère de Truman Capote, celle de William Irish et enfin celle de Robert E. Howard, "père" quant à lui du célèbre Conan le Barbare (entre autres) ? Howard se suicida le lendemain ou quelques jours après la mort de sa mère.

Dans le même genre que celle de Capote, la mère de Tennessee Williams devait être gratinée. Son théâtre regorge de certains monstres maternels épouvantables, la pire étant peut-être la mère de "Soudain l'Eté Dernier" qui veut faire lobotomiser sa nièce. Il me semble que la soeur de Williams eut de graves problèmes psychiatriques et que, si sa mère ne donna pas l'autorisation de la lobotomiser, elle subit quand même des électrochocs.

Et l'étrange relation entre Baudelaire et sa mère ? Et celle de Mme Verlaine avec le pauvre Lélian ? On peut citer aussi celle de Rimbaud, la "mater."

... A mon avis, beaucoup de grands écrivains des deux sexes ont eu soit des mères extraordinaires (ce semble être le cas pour Hugo et Colette), soit des mères abusives (la majorité). Les pères ... Je ne sais pas trop.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 20:59

Il y avait quand même une certaine ambivalence chez Sido, qui a très mal vécu le mariage de sa fille aînée (qui fut en effet fort malheureuse, au point de se suicider), et surtout celui de son fils Achille. Elle prêtait les pires desseins à sa bru, par pure jalousie semble-t-il. Le pauvre Achille a été dévasté par la mort de Sido, et il ne lui a survécu que quelques mois.

Jeanne Proust et Laure de Maupassant me semblent avoir été des mères assez remarquables. Laure de Maupassant était un peu bizarre mais il y avait un certain grain de folie dans la famille (Alfred Le Poittevin est mort fou).

Et Laure Balzac! Balzac, qui était bon, lui règle assez tendrement son compte dans La rabouilleuse ("va, tu ne seras jamais qu'une imbécile de mère!") : il a visiblement eu plus de chagrin que de jalousie de voir cette Marie-Antoinette de la maternité lui préférer son propre à rien de frère. Tout de même, sa première maîtresse, très maternelle, avait le même prénom et presque le même âge...

Parmi les pères d'exception on peut mentionner Patrick Brontë, assez froid et excentrique si j'en crois Charlotte Maurat mais qui sut encourager les aspirations et les aptitudes de sa drôle de nichée. Et Michel de Crayencour! Plus préoccupé de faire de sa fille une bonne helléniste qu'une bonne épouse... la lecture d'Alexis ou le traité du vain combat lui a semble-t-il procuré une de ses dernières joies. Elle semble s'être appliquée à lui ressembler, par son érudition sans fin, son goût des voyages, son apparence si froide et si sereine...

Vous avez remarqué que les hommes, y compris les meilleurs écrivains, quand ils parlent d'une mère aimante, deviennent volontiers bêtas? Pas Proust, non, quelle grâce! mais essayez Le livre de ma mère d'Albert Cohen après Sido : la chute est rude! Même Nabokov et Sartre idéalisent un peu trop les leurs. De très beaux portraits maternels apparaissent toutefois dans L'or de la terre promise de Henry Roth (assez idéalisé aussi) et La statue de sel d'Albert Memmi, tous deux en partie autobiographiques. Tiens, quatre mères juives en un paragraphe... ça me rappelle une jolie chanson :