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Les parents d'écrivains

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Itsumo-yo
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MessageSujet: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 11:14

C'est un sujet dont je n'ai pas repéré la présence antérieure sur Nota Bene, et je pense qu'il y a beaucoup à dire, et à apprendre de là.

Je viens en effet d'acheter et de commencer (à peine) Une Histoire des Parents d'Ecrivains, par Anne Bocquel et Etienne Kern, chez Flammarion (la jaquette me l'apprend, les auteurs ont également écrit une Histoire des Haines d'Ecrivains qui doit bien décoiffer!). Le champ de leur étude ne démarre qu'au début du 19ème siècle et s'arrête aux années 1960, pour des raisons qu'ils exposent fort bien, et au moins cela en laisse à compléter aux érudits Notabénistes.
Pas contents, Bernard-François Balzac ou Achille-Cléophas Flaubert au moment où Honoré ou Gustave révèlent à leur face leur vocation de saltimbanques !!
Un livre qui me promet en tout cas beaucoup d'amusement...
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 11:58

Jules Joseph Colette, lui, a dès l'enfance encouragé sa fille :

Citation :
Écoute ça, me disait mon père.

J’écoutais, sévère, il s’agissait d’un beau morceau de prose oratoire, ou d’une ode, vers faciles, fastueux par le rythme, par la rime, sonores comme un orage de montagne…

– Hein ? interrogeait mon père. Je crois que cette fois-ci !… Eh bien, parle !

Je hochais ma tête et mes nattes blondes, mon front trop grand pour être aimable et mon petit menton en bille, et je laissais tomber mon blâme :

– Toujours trop d’adjectifs !

Alors mon père éclatait, écrasait d’invectives la poussière, la vermine, le pou vaniteux que j’étais. Mais la vermine, imperturbable, ajoutait :

– Je te l’avais déjà dit la semaine dernière, pour l’Ode à Paul Bert. Trop d’adjectifs !

Il devait, derrière moi, rire, et peut-être s’enorgueillir… Mais au premier moment nous nous toisions en égaux, et déjà confraternels. C’est lui, à n’en pas douter, c’est lui qui me domine quand la musique, un spectacle de danse – et non les mots, jamais les mots ! – mouillent mes yeux. C’est lui qui se voulait faire jour, et revivre quand je commençai, obscurément, d’écrire, et qui me valut le plus acide éloge, – le plus utile à coup sûr :

– Aurais-je épousé la dernière des lyriques ?

Et des années plus tard :

Citation :
– Alors, vous voyez les morts ? Comment sont-ils ?

– Comme les vivants, répondit Mme B…, avec rondeur. Ainsi, derrière vous…

Derrière moi, c’était la fenêtre ensoleillée, et la cage des serins verts.

–…derrière vous est assis l’ « esprit » d’un homme âgé. Il porte une barbe non taillée, étalée, presque blanche. Les cheveux assez longs, gris, rejetés en arrière. Des sourcils… oh ! par exemple, des sourcils…, tout broussailleux… et là-dessous des yeux oh ! mais, des yeux !… Petits, mais d’un éclat qui n’est pas soutenable… Voyez-vous qui ça peut être ?

– Oui. Très bien.

– En tout cas, c’est un esprit bien placé.

– ?…

– Bien placé dans le monde des esprits. Il s’occupe beaucoup de vous… Vous ne le croyez pas ?

– J’en doute un peu…

– Si. Il s’occupe beaucoup de vous à présent.

– Pourquoi à présent ?

– Parce que vous représentez ce qu’il aurait tant voulu être sur la terre. Vous êtes justement ce qu’il a souhaité d’être. Lui, il n’a pas pu.

Sido quant à elle, selon Michel del Castillo, si elle avait admis le divorce d'avec Willy, la liaison avec Missy, ne décolérait pas de vois sa fille délaisser sa carrière littéraire au profit de la pantomime...
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 14:21

C'est un sujet intéressant effectivement !
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 17:19

L'un des parents d'écrivains qui soulève chez moi le plus d'interrogations - mais sans doute faut-il avoir lu le livre, à la limite avoir vu le film pour comprendre ce dont je veux parler - c'est la mère d'Elfriede Jelinek. "La Pianiste" est l'un des romans les plus durs, les plus dérangeants et les plus justes qui soient - en tous cas pour tous ceux qui ont eu un père ou une mère abusif (sexuellement ou pas). Il y a, dans le film, une scène avec Girardot, dont se plaignait dans "Télé-Loisirs" une brave dame qui - tant mieux pour elle - a dû avoir une mère "normale." Mais que dirait-elle si elle lisait la scène du lit où se retrouvent les deux femmes ?

Malheureusement, je ne peux pas vous citer le texte - parce que je suis en pleine préparation de déménagement et que "La Pianiste" a succombé sous les piles. Mais il y a bien ici quelqu'un qui l'a lu, ce roman, et qui voit à quoi je fais allusion ? Après une scène pareille - limite de l'inceste mentale, le propre des mères abusives - on comprend mieux pourquoi l'héroïne s'entaille les muqueuses du vagin ...
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 19:22

Il y a aussi trois mères abusives dont les fils devinrent des écrivains célèbres : la mère de Truman Capote, celle de William Irish et enfin celle de Robert E. Howard, "père" quant à lui du célèbre Conan le Barbare (entre autres) ? Howard se suicida le lendemain ou quelques jours après la mort de sa mère.

Dans le même genre que celle de Capote, la mère de Tennessee Williams devait être gratinée. Son théâtre regorge de certains monstres maternels épouvantables, la pire étant peut-être la mère de "Soudain l'Eté Dernier" qui veut faire lobotomiser sa nièce. Il me semble que la soeur de Williams eut de graves problèmes psychiatriques et que, si sa mère ne donna pas l'autorisation de la lobotomiser, elle subit quand même des électrochocs.

Et l'étrange relation entre Baudelaire et sa mère ? Et celle de Mme Verlaine avec le pauvre Lélian ? On peut citer aussi celle de Rimbaud, la "mater."

... A mon avis, beaucoup de grands écrivains des deux sexes ont eu soit des mères extraordinaires (ce semble être le cas pour Hugo et Colette), soit des mères abusives (la majorité). Les pères ... Je ne sais pas trop.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Ven 8 Avr - 20:59

Il y avait quand même une certaine ambivalence chez Sido, qui a très mal vécu le mariage de sa fille aînée (qui fut en effet fort malheureuse, au point de se suicider), et surtout celui de son fils Achille. Elle prêtait les pires desseins à sa bru, par pure jalousie semble-t-il. Le pauvre Achille a été dévasté par la mort de Sido, et il ne lui a survécu que quelques mois.

Jeanne Proust et Laure de Maupassant me semblent avoir été des mères assez remarquables. Laure de Maupassant était un peu bizarre mais il y avait un certain grain de folie dans la famille (Alfred Le Poittevin est mort fou).

Et Laure Balzac! Balzac, qui était bon, lui règle assez tendrement son compte dans La rabouilleuse ("va, tu ne seras jamais qu'une imbécile de mère!") : il a visiblement eu plus de chagrin que de jalousie de voir cette Marie-Antoinette de la maternité lui préférer son propre à rien de frère. Tout de même, sa première maîtresse, très maternelle, avait le même prénom et presque le même âge...

Parmi les pères d'exception on peut mentionner Patrick Brontë, assez froid et excentrique si j'en crois Charlotte Maurat mais qui sut encourager les aspirations et les aptitudes de sa drôle de nichée. Et Michel de Crayencour! Plus préoccupé de faire de sa fille une bonne helléniste qu'une bonne épouse... la lecture d'Alexis ou le traité du vain combat lui a semble-t-il procuré une de ses dernières joies. Elle semble s'être appliquée à lui ressembler, par son érudition sans fin, son goût des voyages, son apparence si froide et si sereine...

Vous avez remarqué que les hommes, y compris les meilleurs écrivains, quand ils parlent d'une mère aimante, deviennent volontiers bêtas? Pas Proust, non, quelle grâce! mais essayez Le livre de ma mère d'Albert Cohen après Sido : la chute est rude! Même Nabokov et Sartre idéalisent un peu trop les leurs. De très beaux portraits maternels apparaissent toutefois dans L'or de la terre promise de Henry Roth (assez idéalisé aussi) et La statue de sel d'Albert Memmi, tous deux en partie autobiographiques. Tiens, quatre mères juives en un paragraphe... ça me rappelle une jolie chanson :

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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Sam 9 Avr - 11:57

Et que dire de Claire Mauriac, fervente chrétienne adulée par son fils qui passera pourtant son temps à faire apparaître, dans ses œuvres, des mères carnassières, malsaines ? Et Juliette Gide, mère considérée comme castratrice ? Dans les deux cas, les pères sont morts. Paul Gide est décédé lorsque son fils avait 11 ans et Jean-Paul Mauriac est décédé alors que François n'avait que deux ans. C'est peut-être aussi ce qui explique le fait que les mères soient aussi possessives dans les deux cas.


Juliette et André
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Masques de Venise
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Sam 9 Avr - 14:54

La mère de Proust, bien sûr. Mère juive et excessivement protectrice sans doute mais pour quiconque a eu un enfant asthmatique, comment lui jeter la pierre ? Surtout quand l'enfant est très jeune et qu'il ne comprend pas ce qu'il lui arrive - et qu'il reste là à vous regarder, et vous à lui tenir la main et à le supplier de continuer à respirer, malgré tout. D'autant que, à l'époque de Proust et en dépit de la science de son père, le miracle-ventoline n'avait pas eu lieu.

La mère de Cocteau aussi devait être un curieux numéro - et puis, le père s'était suicidé, non ?

Mais que les messieurs interviennent, dans ce fil ! Il auront peut-être plus de naturel à se rappeler les figures paternelles.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Dim 10 Avr - 9:31

Masques de Venise a écrit:


Et l'étrange relation entre Baudelaire et sa mère ?

... A mon avis, beaucoup de grands écrivains des deux sexes ont eu soit des mères extraordinaires (ce semble être le cas pour Hugo et Colette), soit des mères abusives (la majorité). Les pères ... Je ne sais pas trop.

Tiens, c'est vrai, les Notabénistes érudits dont je parlais se révèlent surtout des érudites !

Tu as bien raison MdeV sur Baudelaire, mon livre signale à son sujet une anecdote : Flaubert et Maxime Du Camp passent par Istanbul dans leur voyage en Orient, et sont reçus dans les salons de l'ambassadeur à une soirée. Le général Aupick demande à Du Camp de lui révéler quels nouveaux grands noms font la vie culturelle en France ; alors Du Camp de dire "Eh bien, on admire beaucoup un poète, au style un peu trop voulu, mais il fera parler de lui à coup sûr, un certain Baudelaire". Et le général soudain se glace et le fusille du regard. Mais plus tard, Mme Aupick, qui a semblée très absorbée dans la contemplation de ses chaussures, prend à part Du Camp et lui demande, suppliante : "N'est-ce pas qu'il a du talent?". Tout l'amour maternel est là, bien qu'elle ne comprenne absolument rien à son fils, et sera toujours horrifiée par son mode de vie "immoral".
Histoire des parents d'écrivains est pour l'instant un peu décousu par rapport à la chronologie, mais bien écrit, vivant de dizaines d'anecdotes, non avare d'analyses cependant ouvertes à la richesse humaine.
Pour te répondre un peu, MdeV, il y eut aussi pas mal de mères puritaines et scandalisées par leur rejeton, tant la vie littéraire au 19ème siècle notamment voisinait avec la vie de bohème, donc de "débauche". Les pères ne sont pas toujours aussi tolérants que celui de Balzac, qui en fin de compte ne lui mit pas de bâtons dans les roues et mourut assez content de ses premiers petits succès. Le général Hugo fut un ennemi farouche de la carrière poétique de ses deux aînés, Eugène et Victor ; il ne s'adoucit que légèrement quand Eugène devint fou et mourut, et quand Victor devint qui l'on sait, pensant obstinément que son fils n'allait nulle part et bâtissait sur du sable. C'est très souvent cette crainte (née quand même de l'amour) qui hérisse les pères, comme celui d'Anatole France, homme pourtant remarquable : obscur petit valet de ferme analphabète en Anjou, il découvre la lecture et l'écriture dans l'armée de la Restauration, en devient "spécialiste", puis passera même libraire ! mais il est écoeuré et désespéré quand Anatole veut créer des livres !! pour lui, les livres, cela s'archivait, cela se vendait, cela se publiait (il en avait édité), mais cela ne s'écrivait pas. On le sait peu, le vrai nom du père était Noël-François Thibault, mais c'est lui (et non Anatole, comme je le croyais avant) qui se renomma (Noël) France, abréviation angevine de son 2ème prénom, afin de pouvoir ouvrir sa "Librairie de France".
On le sait le père de Proust considéra son fils comme "le point noir de son existence", heureusement sa mère avait un avis diamétralement opposé. En revanche la mère de Sartre après avoir lu "Les Mots" a dit "Mais il n'a rien compris à son enfance!"
Les parents d'Alain Robbe-Grillet étaient tous deux d'incroyables farfelus qui applaudissaient presque quand leur brillant rejeton démissionna deux fois de postes très enviables pour écrire, mais le cas est dans le chapitre "Oiseaux rares". Les Radiguet aussi étaient tous enthousiastes (et nombreux, et pauvres, et très soutenus par le jeune Raymond). Pierre Verne a même poussé son fils à revenir à l'écriture après son découragement en tant que dramaturge (dramaturge exécrable, il est vrai). Le père de Simone de Beauvoir, furieux, la traitait de "lamentable fruit sec", et mourut malheureusement avant les premiers succès de sa fille.
Mais Théophile Gautier a été idolâtré et soutenu par toute sa famille, à commencer par son père...
Les auteurs le constatent, il y a dans ces variantes assez peu de liens avec la condition sociale des familles.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Lun 11 Avr - 12:25

Et Fiodor et Catherine Rostoptchine! De véritables souverains, avec leur soixante mille hectares et leur quatre mille serfs, et pourtant l'enfance de Sophie (filleule du tsar Paul Ier!) ne fut pas une fête :

Citation :
Elle aimait à être bien mise et elle était toujours très mal habillée : une simple robe en percale blanche, décolletée et à manches courtes, hiver comme été, des bas un peu gros et des souliers de peau noire. Jamais de chapeau ni de gants. Sa maman pensait qu’il était bon de l’habituer au soleil, à la pluie, au vent, au froid.

Encore cette Sophie-là est-elle normande. Mais la Sophie russe n'était pas plus couverte... Catherine Rostoptchine est le genre de mère qu'on ne souhaite à personne : catholique d'autant plus hystérique que convertie (ce qui était assez mal vu en ces temps d'invasion napoléonienne, au point que toute le smala dut s'exiler en 1817), elle manifestait plus d'affection à ses perroquets qu'à ses enfants et détestait le caractère un peu fantasque de sa fille : en fait Sophie fut pratiquement une enfant martyre. Elle adorait son père, plutôt un brave bonhomme qui l'aimait tendrement (c'est lui qui lui donna le charmant surnom de Sophaletta et plus tard le château des Nouettes, et le général Dourakine lui ressemble pas mal) mais qui, occupé par ses charges officielles, ne devait pas être souvent présent à Voronovo. Je me suis souvent demandé comment Sophie a vécu les accusations portées contre son père d'avoir ordonné l'incendie de Moscou (accusations immortalisées par Tolstoï dans La guerre et la paix, quand même...). En tout cas elle signa toujours fièrement, pour ses petits-enfants et pour nous, "comtesse de Ségur, née Rostopchine". Il faut dire que le comte revendiquait comme aïeul Genghis Khan, ce qui nous éloigne assez des pénitences et macérations maternelles.






Ce qui m'épate, c'est quand même que Sophie la mal aimée ait été la seule des enfants Rostoptchine à suivre l'exemple de sa harpie de mère en devenant une catholique fervente. Il est à remarquer toutefois qu'elle détestait les perroquets (le mauvais génie de la princesse Blondine est un beau perroquet vert et orange, et l'inoffensif Gribouille fera quand même la peau à Jacquot) et réprouvait absolument les châtiments corporels, sauf une fois :

Citation :
Sophie trembla plus fort lorsque sa maman, ouvrant le tiroir, aperçut tous les objets de sa boîte à ouvrage, que Sophie avait cachés là.

Sans rien dire, elle prit Sophie et la fouetta comme elle ne l’avait jamais fouettée. Sophie eut beau crier, demander grâce, elle reçut le fouet de la bonne manière, et il faut avouer qu’elle le méritait.

Et combien d'enfants changent de parents! Sophie, orpheline tombée aux mains d'une mégère qu'elle doit appeler "maman" finit par considérer Mme de Fleurville comme sa vraie mère. M. Dormère "donne" sa nièce mal aimée à Mlle Primerose, pour le plus grand bonheur de l'une et de l'autre (j'aime beaucoup Mlle Primerose, et Geneviève est elle aussi charmante). Et l'adorable Christine des Ormes adopte carrément M. de Nancé, beaucoup plus satisfaisant que ses parents légitimes qui tantôt l'oublient chez les voisins, tantôt la laissent aux griffes d'une bonne sadique, et pour finir sont incapables de lui constituer une dot :

Citation :
— Cher Monsieur de Nancé, gardez-moi toujours avec vous et avec François. Je serais si heureuse chez vous ! je vous aimerai tant ! autant que François, dit Christine en l’entourant toujours de ses bras.

M. de Nancé : Ma pauvre chère enfant, j’en serais aussi heureux que toi ; mais c’est impossible ! Tu as un père et une mère.

— Quel dommage ! » dit Christine en laissant retomber ses bras.

Il en va de même pour Paul d'Aubert, le cousin de Sophie :

Citation :
— Pardon, pardon, mon père, mon seul ami, lui dis-je, en me jetant dans ses bras. C’est en m’éveillant !… Le premier mouvement ! Oh ! oui, je sais, je sens combien vous êtes bon pour moi, meilleur, bien meilleur que ne l’a été mon propre père, qui ne m’aimait pas et qui ne s’occupait jamais de moi.[...]Non, mon père d’Aubert ne m’aimait pas, ni maman non plus ; quand je n’étais pas avec Sophie, je m’ennuyais beaucoup ; j’étais toujours avec les domestiques, qui me traitaient mal, sachant qu’on ne se souciait pas de moi. Quand je m’en plaignais, maman me disait que j’étais difficile, que je n’étais content de rien, et papa me donnait une tape et me chassait du salon en me disant que je n’étais pas un prince, pour que tout le monde se prosternât devant moi.

Tout le monde ne peut pas être orphelin en somme... Tiens, personne n'a encore parlé de la mère de Jules Renard.

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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Mar 12 Avr - 10:14

Ce livre va en parler plus longuement à coup sûr, mais il a déjà signalé le mépris total de la mère de Jules, "ce chieur d'encre" disait-elle. Et l'incompréhension entre le fils et le père : naïvement, et maladroitement sincère avec lui, Jules Renard crut longtemps que son père était mieux disposé, mais finalement il découvrit que celui-ci se murait dans un rejet total lui aussi, en silence.
Tu en sais long sur la Ségur, Eustrabirbéonne ! curieusement, le bouquin que je suis en train de lire ne la met pas en index.
Sido, la mère de Colette, était vraiment "top cool" comme on dit de nos jours. Les audaces de sa "Minet-chéri", "Toutou blanc", "Petite Cochonne" ne faisaient que l'amuser, même les plus scandaleuses aux yeux de la bourgeoisie de l'époque, telle la liaison avec Missy, et les spectacles où elle joue "presque nue" (La Chair) : elle lui demande simplement par lettre si elle ne risque pas d'attraper froid sur scène, et ne s'inquiète jamais que de son surmenage, de sa santé.
J'ai lu les Carnets Bleus, le journal de Liane de Pougy, autre grande amie de Missy, qui donne des détails sur cette dernière, mais aussi sur Colette, que Liane détestait profondément.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Mar 12 Avr - 16:12

Il est vrai que concernant la mère de Jules Renard, Anna-Rose, les relations entre elle et son fils furent difficiles. Enfant non désiré, il dut subir les foudres de sa mère tandis que son frère, Maurice, était, me semble-t-il, relativement choyé. D'ailleurs, Pierre-Jules (son vrai prénom) ne s'entendra pas avec ce dernier. Lorsque Jules Renard se maria avec Marie, sa mère lui en fit également voir de toutes les couleurs. Ceci dit, je crois avoir lu quelque part que ces relations difficiles n'empêchèrent pas Jules d'aller quémander sans cesse de l'argent à ses parents...


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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Mar 12 Avr - 16:26

Sido se fâcha au moins une fois : quand Colette, à la demande de Willy, fit couper ses cheveux : "Tes cheveux ne t'appartenaient pas, ils étaient mon oeuvre, l'oeuvre de vingt ans de soins. Tu as disposé d'un dépôt précieux, que je t'avais confié..."
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Eustrabirbéonne
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Mar 12 Avr - 16:44

Quelques orphelins de père avant l'âge de 15 ans parmi les hommes écrivains :
Hölderlin (2 ans)
Keats (9 ans)
Byron (3 ans)
Dumas père (4 ans)
Baudelaire (5 ans)
Zola (7 ans)
Rimbaud (Vitalie s'est déclarée "veuve" alors qu'il avait 6 ans)
Gorki (3 ans)
Gide (11 ans)
Jack London (né de père plus ou moins inconnu)
Mauriac (2 ans et demi)
Larbaud (8 ans)
Sean O'Casey (6 ans)
Cocteau (9 ans)
Lovecraft (8 ans)
Sartre (15 mois)
Camus (11 mois)
Claude Simon (10 mois)

Beaucoup de Nobel français dans le lot, dites donc! et de poètes... A noter que Claude Simon et Camus, nés à un mois d'écart, ont perdu leurs pères respectifs durant les premiers mois de la guerre de 14.

Et quelques orphelines de mère parmi les femmes :

Mary Shelley (11 jours)
Elizabeth Gaskell (3 mois)
Harriet Beecher-Stowe (5 ans)
Charlotte (6 ans), Emily (3 ans) et Anne (18 mois) Brontë
Virginia Woolf (13 ans)
Marguerite Yourcenar (10 jours)


Et quant à ceux qui s'appelaient Armand, qu'avaient pas d'papa qu'avaient pas d'maman (je n'en ai pas trouvé qui s'appelaient Irma, qu'avaient pas d'maman, qu'avaient pas d'papa), on peut mentionner :

Wordsworth (orphelin de père à 8 ans, de mère à 12 ans)
Poe (abandonné à 1 an par son père, a perdu sa mère l'année suivante)
Tolstoï (orphelin de mère à 18 mois, de père à 8 ans)
Somerset Maugham (orphelin de mère à 8 ans, de père à 10 ans)
Tolkien (orphelin de père à 4 ans, de mère à 12 ans)

Je m'en suis tenue aux écrivains morts, actifs dans les deux derniers siècles.


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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Mer 13 Avr - 17:54

Eustrabirbéonne a écrit:
Sido se fâcha au moins une fois : quand Colette, à la demande de Willy, fit couper ses cheveux : "Tes cheveux ne t'appartenaient pas, ils étaient mon oeuvre, l'oeuvre de vingt ans de soins. Tu as disposé d'un dépôt précieux, que je t'avais confié..."

Ha ha ! faut dire que l'argument est solide !

Bravo pour ta liste, Eustrabirbéonne ! j'essaie moi-même d'écrire un bon roman, après échec à publier le premier, qui était mauvais. Je suis plus confiant pour celui-ci, hélas je dois bien constater que j'ai encore mes deux parents, qui ne m'ont même pas traité de Poil de Châtaigne... J'aurais peut-être dû en pousser un dans l'escalier jadis ?

Marguerite Donnadieu (Duras) a eu les pires rapports avec sa mère Marie, à la parution de Barrage contre le Pacifique, puis des autres livres.
"Tu mens ! tu mens dans tes livres !" Evidemment, quand le livre se présente comme autobiographique, l'auteur aura beau protester que ce n'est que fausse confession arrangée par nécessité d'art littéraire, les parents en général s'y reconnaissent sans s'y reconnaître le moins du monde, et le vivent comme une agression, ou une caricature. Certains vont jusqu'à se reconnaître en personnages à clef dans de purs romans, non sans paranoia légère, à laquelle répond la légère hypocrisie du rejeton-écrivain protestant de son innocence. Et Marguerite Duras était-elle sincère en affirmant que son premier ouvrage représentait un hommage au courage de sa mère ? je le laisse à des gens l'ayant lu, je n'ai rien lu de la Duras.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Dim 24 Avr - 17:43

Je continue à lire, parmi plusieurs autres bouquins selon l'humeur, à mon habitude.
Je viens d'apprendre que la "Mère Rimbe", selon Arthur "plus inflexible que soixante-treize administrations à casquette de plomb", a pourtant accepté de financer la parution d'Une Saison en Enfer, seul recueil de Rimbaud paru de son vivant.
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MessageSujet: Re: Les parents d'écrivains   Dim 22 Mai - 20:33

Masques de Venise a écrit:
La mère de Proust, bien sûr.

La mère de Cocteau aussi devait être un curieux numéro - et puis, le père s'était suicidé, non ?


Ayant achevé le bouquin, je vais pouvoir préciser quelques petites choses pas forcément très connues.
Tu as raison, MdV, le père de Cocteau, qui fut un peintre raté, puis un avocat dépressif (pas facile, être avocat et dépressif!), s'est finalement suicidé alors que Jean n'avait que 9 ans. Du coup, il fut extrêmement couvé par sa mère, qui l'a considéré comme un petit génie très tôt.
Au contraire, alors que son père (très âgé) ne s'opposait pas à la vocation que déclara Honoré à 20 ans, Mme Balzac ne le considéra jamais que comme un gros niais incapable d'écrire sérieusement ! quand il faisait une remarque profonde, elle rétorquait : "Tu ne comprends certainement pas ce que tu dis là." Elle n'admirait que son autre fils (adultérin) Henry, à qui elle légua toute sa vaste bibliothèque, et "la grande cafetière en argent" alors qu'Honoré était un si grand amateur et consommateur de café !!
J'avais cru Desnos d'origine juive (à cause de sa si triste arrestation et liquidation par les nazis), mais point. Son père était un paysan normand qui, suivant l'exode rural, devint portefaix, vendeur de légumes, puis épousa la fille d'un rôtisseur (= aristocratie des boutiquiers), et finit mandataire des Halles pour toute la volaille et le gibier. Consternation du couple quand leur seul fils Robert annonce "Je serai poète!"
Firmin Léautaud était aussi un simple fils d'agriculteur, mais saisi par la vocation de comédien ; il réussira à intégrer la Comédie Française pour y devenir... le meilleur de tous les souffleurs ! il avait 14 chiens et, doté d'un sex-appeal irrésistible, bien plus de maîtresses (à moins que les femmes ne soient attirées par les hommes à chiens ? :marguerite: ). Une nuit, il couche avec l'une d'elle... et sa jeune soeur de 15 ans dans le même lit ; le lendemain, il vire la "vieille"! mais la jeunette se retrouve avec un enfant, Paul, qu'elle abandonne aussitôt. Le pauvre Paul après mille misères ne retrouvera sa sulfureuse mère que plus de dix ans après ; elle le reçoit depuis son lit, presque nue, et il en tombe follement amoureux ! devenu adulte son ardeur frustrée et encouragée à la fois ne se calme pas, mais sa mère finit par s'effrayer et le rejeter de sa vie, d'autant qu'elle réussit à mettre le grappin sur un très honorable médecin de Genève, qu'elle épouse, ce qui lui fait (enfin) découvrir la vertu. Paul aura beaucoup et longtemps souffert.
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